L’Art vu par Jean-Charles de Castelbajac 

Comment faire de l’art dans un monde ou tout le monde est artiste ?

Voici la  problématique abordée par l’artiste, le styliste et créateur, le 22 mars dernier, lors d’une masterclass organisée par Twenty Magazine et le concept store Colette.

Comment est-il devenu artiste ? Quel a été le déclic ? Comment voit-il l’avenir de l’Art ? 

 

« Je suis entré en pension à l’âge de 5 ans, et ce quotidien fait de solitude m’a poussé à créer des choses. Je voyais les choses d’une manière très différente. Ma capacité, ça a été de capter les choses. Je voyais la beauté là ou il y avait le mystère.

 L’art n’est pas là pour être beau mais pour interpeller le regard et réveiller l’inconscient. 

Il est important de créer à partir de nos fêlures, de nos souvenirs les plus douloureux.

L’artiste Kader Attia, par exemple, qui est remarquable, a construit sur sa colère, sur ses fêlures.

Je crois que l’Art est une forme de thérapie de l’inconscient, de la solitude et des blessures.

Aujourd’hui on aurait tendance à confondre le designer ou le créateur avec l’artiste. Mais au fond qu’est ce que c’est que le designer? Que le créateur ? C’est quelqu’un qui répond à des questions sur  le confort : est-ce que c’est assez dans l’esprit du temps ?  L’artiste, lui,  il est là pour poser des questions. C’est ça la différence.

De nos jours, il y a un déversement d’images. L’imaginaire est sacrifié.  Il faut chercher les images dans l’inconscient, l’invisible, au fond des choses. 

Après 11 ans de pension ou à l’origine je voulais être officier dans les commandos de marine, je réalise que je ne suis pas fait pour ça et que je veux sortir des codes. Ma mère, qui avait une petite entreprise de couture, me demande de dessiner une collection, mon père était ingénieur textile. J’ai 20 ans. Je fais une collection sans rien connaitre.Je prend des rideaux, je découpe des tapis de sol…
 

Mon identité est basée sur trois couleurs : le jaune, le bleu et le rouge. Oui, ces couleurs sont associées au beau, mais je ne dis pas que je ne pense pas aux choses décoratives. Dans mon processus de création, il y a cette idée de trouble. Il faut révéler et provoquer des émotions. Je fais aussi un travail sur la fonction et l’esthétisme quand je dirige comme maintenant une maison comme le Coq Sportif, ou les vêtements, fonctionnels, sont en relation avec une époque.

Très tôt mon éveil s’est fait au travers de l’art : j’aimais d’un coté l’Histoire et de l’autre l’art contemporain. Quand je suis arrivé à Paris, mais avant à Limoges, il y avait un personnage qui s’appelle Raoul Haussmann, un dadaïste,  qui m’a appris à ne pas avoir peur du regard des autres. Il avait cette appropriation d’éléments pauvres, il faisait toutes ses œuvres à partir de cartons, de collages, qui n’appartenaient pas au domaine du beau. Et mon style est né ainsi.

Puis j’ai commencé à travailler pour le design, et les choses se sont installées dans le temps. J’étais comme un archéologue, j’aimais aller à la quête de pièces qui allaient marquer et construire mon style.»

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