Des baskets écolo

J’avais abordé le sujet de la démarche écologique dans mon dernier article. Aujourd’hui, j’approfondi le sujet, en abordant le cas de Veja, marque de chaussures écolo créée en 2004.

François-Ghislain Morillion et Sébastien Kopp sont les deux fondateurs. Il y a 13 ans, ils se lancent dans la création de chaussures au Brésil, dans le respect de l’environnement et des salariés. Une démarche écologique (coton bio du Nordeste, caoutchouc naturel d’Amazonie, cuir tanné sans métaux lourds…) autant que sociale et équitable.

Le duo travaille avec des familles de petits agriculteurs du Ceará, un État du Nordeste brésilien, qui produisent du coton biologique. Leur plastique provient, depuis un peu plus d’un an, d’une usine de plastique recyclé, située dans le sud du Brésil.

La chaussure est ensuite assemblée dans une usine, dans le même pays. Les salaires pratiqués y sont cinq fois plus élevés que dans les pays d’Asie, où sont d’habitude fabriquées les baskets d’autres grandes marques  (et dans des conditions de travail souvent pointées du doigt…).

Les baskets sont enfin réceptionnées à Paris, par les employés de l’association d’insertion Ateliers sans frontières. Veja a aussi remplacé le fournisseur d’électricité de ses bureaux parisiens, EDF, par Enercoop, qui fournit de l’électricité 100 % renouvelable.

Aujourd’hui, on peut trouver la marque dans 15 pays dans le monde, et depuis 2005, les ventes se sont multipliées par 50. Je vous invite à découvrir cette belle marque de plus près !

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Veja

« Le monde a compris que l’urgence sociale et la crise environnementale étaient certaines.

Jour après jour, les néo-prophètes en tout genre tirent les sonnettes d’alarme, l’économie se verdifie, les discours se « développement-durabilisent »…

L’action reste rare et le verbe foisonnant.

Au-delà des films sur l’environnement, au-delà des discours des multinationales qui construisent des vitrines vertes pour cacher le désastre, au-delà des Copenhague remplis d’incantations et de promesses politiciennes.

Agir.

Et malgré cette « nouvelle » économie à la devanture verte,
essayer de proposer une vision différente.

Celle qui lie le bio au commerce équitable, celle qui joint développement économique, environnemental et social.

Celle qui propose une évolution culturelle.

Globale.

La transparence. »

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Veja
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Dali et la mode

Je me suis rendue ce weekend à l’Espace Dali, pour y découvrir l’exposition dédiée au dessinateur Joann Sfar. Entre les sculptures et planches de bande dessinée, se tenaient quelques robes de couture signées Schiaparelli.

La frontière est parfois bien mince entre l’Art et la mode. Depuis les années 30, Dali s’intéresse à la mode. Schiaparelli, de son côté, aime côtoyer l’absurde dans ses collections. Elle ne considérait pas le stylisme comme une profession, mais comme un art. « Une robe de Schiaparelli est un véritable tableau moderne » disait le New Yorker en 1932.

La première collaboration officielle entre le catalan et l’italienne se fera en 1936. Le Cabinet Anthropomorphique de Dali inspire à Schiaparelli un Tailleur-Tiroirs. Un an plus tard, la robe Homard devient une autre pièce emblématique : Un homard rouge sang dessiné sur une robe du soir en organdi. La robe Larmes s’inspire du tableau Trois jeunes femmes surréalistes. Il s’agit d’une robe de deuil accompagnée d’un long voile.

Le principe du surréalisme s’illustre parfaitement à travers le chapeau-chaussure, conçu par Elsa Schiaparelli et Salvador Dali. Ce chapeau improbable, qui tient en équilibre au dessus du front, n’est que l’une des nombreuses créations délirantes de l’italienne…

« La constante tragique de la vie humaine c’est la mode et c’est pourquoi j’ai toujours aimé collaborer avec Madame Schiaparelli, pour prouver justement que l’idée de s’habiller, l’idée de se déguiser, n’étaient que les conséquences du traumatisme de la naissance, qui est le plus fort de tous les traumatismes que l’être humain puisse expérimenter puisque c’est le premier. » Salvador Dali.

 

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Robes Schiaparelli – Espace Dali
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Robe Homard
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Robe Larmes

L’Art vu par Jean-Charles de Castelbajac 

Comment faire de l’art dans un monde ou tout le monde est artiste ?

Voici la  problématique abordée par l’artiste, le styliste et créateur, le 22 mars dernier, lors d’une masterclass organisée par Twenty Magazine et le concept store Colette.

Comment est-il devenu artiste ? Quel a été le déclic ? Comment voit-il l’avenir de l’Art ? 

 

« Je suis entré en pension à l’âge de 5 ans, et ce quotidien fait de solitude m’a poussé à créer des choses. Je voyais les choses d’une manière très différente. Ma capacité, ça a été de capter les choses. Je voyais la beauté là ou il y avait le mystère.

 L’art n’est pas là pour être beau mais pour interpeller le regard et réveiller l’inconscient. 

Il est important de créer à partir de nos fêlures, de nos souvenirs les plus douloureux.

L’artiste Kader Attia, par exemple, qui est remarquable, a construit sur sa colère, sur ses fêlures.

Je crois que l’Art est une forme de thérapie de l’inconscient, de la solitude et des blessures.

Aujourd’hui on aurait tendance à confondre le designer ou le créateur avec l’artiste. Mais au fond qu’est ce que c’est que le designer? Que le créateur ? C’est quelqu’un qui répond à des questions sur  le confort : est-ce que c’est assez dans l’esprit du temps ?  L’artiste, lui,  il est là pour poser des questions. C’est ça la différence.

De nos jours, il y a un déversement d’images. L’imaginaire est sacrifié.  Il faut chercher les images dans l’inconscient, l’invisible, au fond des choses. 

Après 11 ans de pension ou à l’origine je voulais être officier dans les commandos de marine, je réalise que je ne suis pas fait pour ça et que je veux sortir des codes. Ma mère, qui avait une petite entreprise de couture, me demande de dessiner une collection, mon père était ingénieur textile. J’ai 20 ans. Je fais une collection sans rien connaitre.Je prend des rideaux, je découpe des tapis de sol…
 

Mon identité est basée sur trois couleurs : le jaune, le bleu et le rouge. Oui, ces couleurs sont associées au beau, mais je ne dis pas que je ne pense pas aux choses décoratives. Dans mon processus de création, il y a cette idée de trouble. Il faut révéler et provoquer des émotions. Je fais aussi un travail sur la fonction et l’esthétisme quand je dirige comme maintenant une maison comme le Coq Sportif, ou les vêtements, fonctionnels, sont en relation avec une époque.

Très tôt mon éveil s’est fait au travers de l’art : j’aimais d’un coté l’Histoire et de l’autre l’art contemporain. Quand je suis arrivé à Paris, mais avant à Limoges, il y avait un personnage qui s’appelle Raoul Haussmann, un dadaïste,  qui m’a appris à ne pas avoir peur du regard des autres. Il avait cette appropriation d’éléments pauvres, il faisait toutes ses œuvres à partir de cartons, de collages, qui n’appartenaient pas au domaine du beau. Et mon style est né ainsi.

Puis j’ai commencé à travailler pour le design, et les choses se sont installées dans le temps. J’étais comme un archéologue, j’aimais aller à la quête de pièces qui allaient marquer et construire mon style.»